Faire tourner un Globuscope, c’est donner une nouvelle forme à l’univers.

En voilà un bel appareil étrange, une bidouille tellement géniale qu’elle en est l’un des emblèmes du Musée Français de la Photographie !

Presque un dinosaure : un appareil panoramique mécanique (fonctionnement sans aucune pile) capable d’enregistrer un instantané sur 360°. Aucun besoin d’ordinateur ni de logiciel d’assemblage, aucun souci avec les objets en mouvement !

globuscope-b.

Ma première rencontre avec l’engin remonte il y a plus de 20 ans chez Olden à New York.

Il m’avait alors fallu beaucoup de patience, persuasion et autres Dollars pour convaincre le vendeur de me céder sa pièce de collection qu’il louait de temps à autre à bon prix.

Le retour en France à travers les multiples contrôles aéroportuaires s’est passé sans la moindre question à son sujet, et pourtant l’identification au scanner ne devait pas être des plus explicites. Autres temps…

globuscope-e

Et puis je l’ai revendu à un grand collectionneur pour acheter un Seitz Roundshot 35/35S plus pratique à l’usage. Le remord faisait son travail invisible et a sans doute permis d’acheter ce second exemplaire quelques années plus tard.

globuscope-fDrôle de bête vraiment qui ressemble aussi peu que possible à un appareil photographique. Le Georges Eastman House à New York exhibe d’ailleurs volontiers le sien dans des expositions prestigieuses.

Voilà qui nous amène une question philosophique intéressante,

Le monde peut-il être observé sur plus de 360° ?

 

Cette formulation, apparemment absurde pour le mathématicien, se démontre aisément par Globuscope interposé. (texte de Ronan Loaëc)

II existe différentes façons de « voir large». La plus simple, la plus courante. consiste à utiliser un objectif de focale plus courte que la diagonale (approximative) du format. C’est la catégo­rie des objectifs grands angulaires qui peu­vent atteindre d’impressionnants extrêmes. Le 13mm avec 118° d’angle de champ sans altération de la perspective, et le 6 mm, soit 220° (!) en perspective fïsh-eye. Ces deux objectifs appartiennent à la gamme Nikon. Toutefois, l’élargissement du champ se produit dans toutes les direc­tions : on est loin de la photo panorami­que. II peut être intéressant de sortir des formats conventionnels pour adopter des formats très allongés, de type «cinémas­cope». C’est l’idée directrice de l’appareil Linhof Technorama qui utilise un objectif grand angulaire pour chambre photogra­phique de grand format. La couverture importante permet d’utiliser une bande de film 120 de grande longueur, procurant une image panoramique exceptionnelle par sa finesse et son absence de distorsion. Bien sûr, on obtiendrait un résultat similaire en photographiant sur plan film grand format à l’aide du même objectif, puis en décou­pant une bande horizontale. Le film 120 facilite cependant la manipulation et dimi­nue grandement encombrement, prix de revient et… complications diverses. Plus de film à découper !

Les appareils de type Globuscope partici­pent d’une autre technologie. Cette fois, l’objectif effectue une rotation sur un arc de cercle et expose le film par balayage au travers d’une fente. Cette fente se déplace en sens inverse de celui de l’objectif, selon un même arc de cercle, le film étant lui-même cin­tré. Les premiers appareils de ce type : Brooks Veriwide, Horizont  russe, ou Widelux japonais, permettent la prise de vue sur un angle horizontal limité (140° dans le cas du Widelux). L’angle verti­cal est déterminé par la focale de l’objectif, généralement un grand  angulaire (26 mm   de focale pour du  film  35 mm, procurant un angle vertical de 55°). L’image finale du Wide­lux mesure 24 x 60 mm, ce qui n’est pas négligeable.
(Le photographe et éditeur Joachim Bonnemaison en a fait quelques démonstrations sur cartes postales : plus on penche, plus les déformations deviennent intéressantes.)

globus

Sans limites

Le Globuscope  fait encore mieux, tout en conservant le prin­cipe du balayage de l’image par une fente, synchronisée avec l’objectif et tournant sur un arc de cercle. Le principe mécanique en est génialement simple : c’est la rotation même de l’appareil autour de son axe vertical  qui  entraîne  le  film  en  sens inverse. Il n’y a donc aucune limitation angulaire. L’appareil peut aisément faire un tour complet sur lui-même et, bien sûr, plusieurs tours, jusqu’à l’épuisement de la longueur totale du film.

Le Globuscope et la périphotographie d’après Andrew Davidhazy.

 

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Have you ever wished you could include in one photograph the front, sides and back of an object so that you could see all the detail contained on the surface of the object at once?…what you wished for is a periphotograph! The photographic recording of the outer or inner surface of

cylindrical objects is referred to as Peripheral Photography. While techniques of peripheral recording are not new, the potential of the technique is generally unknown to most archeologists, art historians and artists.

Periphotographs, sometimes referred to as cyclographs, are made by placing the subject of interest on a rotating table and photographing the surface features of the rotating object through a narrow slit placed in front of a length of moving film in a camera modified to accomplish this task.

Strip photography is a little acknowledged yet quite pervasive application of photography used for the purpose of such widely disparate applications as horse race photofinish photography, ballisticsynchro photography and even panoramic photography that encompasses views including 360 degrees around a camera.

Early on in archaeological research at the British Museum, sometime in the late 1800’s, it had already been determined that one could make 360 degree « roll out » or peripheral photographs of the designs drawn on Greek vases and urns by the simple expedient of rotating the object in front of a camera while continuously moving film past a narrow slot onto which the moving features of the vases’s surface were projected by a lens.

It remained for other photographers to reverse this scheme and make the camera rotate during the process, instead of the subject, to make uninterrupted 360 degree panoramic photographs of surrounding landscape. The Cirkut camera, manufactured by Eastman Kodak from the early 1900’s till the mid 1940’s or so is a typical example of such a camera. There are some modern panoramic cameras based on this system such as the Roundshot, the Globuscope and the Hulcherama.

Finally, the method was also put to good use, starting in the mid-1930s at racetracks to determine, indisputably, the order of finish of race horses reaching the finish line in a close race – making a « photofinish » photograph.

While the technique for making periphotographs is fairly well documented in the literature, it apparently is not as widespread a technique as it could be because of the specialized nature and scarcity of commercially available equipment and the apparent complexity of the operational

parameters necessary for the production of successful results. These combine to make this valuable technique one which few photographers or photographic departments are willing to tackle.

Andrew Davidhazy, Imaging and Photographic Technology Department

School of Photographic Arts and Sciences, Rochester Institute of Technology

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Vous êtes priés de rester en dessous, sinon c’est l’autoportrait !

Je ne résiste pas à citer encore Ronan Loaëc :

Un dispositif de blocage arrête automati­quement le mécanisme tous les 360°. On peut réaliser théoriquement 8 vues sur un classique 36 poses. En fait, et compte tenu des pertes en début et fin de film (provo­quées notamment par des inégalités d’entraînement lorsque le mécanisme à res­sort arrive en bout de course), la capacité effective est de 6 vues panoramiques sur 360°, ou encore de 6 à 7 tours complets à la suite. Le dispositif d’arrêt à chaque rotation est en effet annihilé lorsque l’on maintient la pression sur le déclencheur. Cette caractéristique ouvre — c’est le cas de le dire — de très importantes perspectives.

En particulier, et contrairement à un appareil moderne à obturateur plan focal à translation rapide, le balayage est ici fort lent. Environ une rotation (360°) par seconde. C’est dire que le sujet « globuscopé » a le temps de se dépla­cer entre deux passages de la fente. Une image multi-panoramique (plusieurs tours) permet non seulement une inscription de l’espace, mais aussi du temps dans son déroulement continu. Le phénomène pré­sente quelque analogie avec l’observation astronomique d’objets stellaires lointains. Non seulement on observe la position des objets dans un espace à trois dimensions, mais encore, la vitesse de la lumière étant une vitesse finie, plus on regarde loin et plus on remonte dans le temps. L’astro­nome compte ses distances en… années mises par la lumière pour nous parvenir (à 300 000 km/s). Le « globuscopiste métaphysicien » découpe de même l’espace en « degrés/secondes » ! On voit que la simple réflexion sur une technologie origi­nale peut entraîner loin. A vous de tirer les conséquences pratiques des deux particula­rités du Globuscope pour en conceptualiser les applications : la « photo-globuscopis » sera conceptuelle ou ne sera pas !

Ainsi, la possibilité d’effectuer plusieurs tours successifs en modifiant progressive­ment l’ orientation de l’ appareil permet d’imaginer une sorte de « photo-vertige » tourbillonnaire proche de l’ivresse du Der­viche tourneur, et pouvant illustrer les «Illuminations» de Rimbaud.

En fait, l’intérêt essentiel du Globuscope au-delà de ses imperfections techniques, réside dans ses nombreuses potentialités. Il en va du Globuscope un peu comme du cube de Rubik : chacun y trouvera son compte. L’architecte, le scientifique, par la possibilité d’enregistrer des portions de réel sur 360°. Le poète et l’artiste par celle de conceptualiser une démarche intellectuelle­ment excitante et originale.

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Le Globuscope en un tournemain :

Film utilisé : 35 mm perforé. Objectif : 25 mm à 6 lentilles ; angle de champ vertical : 60°. Entraînement :   mécanique   à   ressort ; mouvement fluide sans à-coups. Diaphragme : à fente, réglable de f/3,5 à f/22 ; fermeture totale de l’iris entre 2 expositions successives. Déclencheur : sur la poignée ; permet­tant l’arrêt automatique à chaque tour (360°) ou la rotation continue. Durée d’exposition : réglable par chan­gement de fente ; 3 fentes disponibles pour 1/100 s, 1/200 s et 1/400 s. Écrou de pied : au bout de poignée. Permet : 8 vues théoriques et 6 vues pra­tiques environ de 360°, ou jusqu’à 7 rotations successives.

globuscope-3Le modèle photographié fait partie de la série historique réalisée par les Globus Brothers à New York des 100 premiers appareils. C’est cette série que l’on retrouve dans les musées, comme le National Media Museum à Bradford (UK) (si vous connaissez d’autres musées, merci de me les signaler !).

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Mon exemplaire #35 est livré dans sa petite caisse en pin, avec la sangle en cuir pleine fleur gravée, le niveau à bulle d’origine, l’adaptateur déclencheur souple et deux fentes supplémentaires. Le film d’essai sur ce carrefour en patte d’oie montre un bon fonctionnement.

Évidemment très difficile à se procurer en raison du très petit nombre d’exemplaires, c’est un « must have » original dans une collection.

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Et pour finir, une petite rareté, le fac-similé du manuel !

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article © Point Nodal – décembre 2010

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